Guide
Comment reconnaître un texte écrit par une IA
Formules toutes faites, typographie anglaise, sources inventées : les indices qu'un lecteur attentif peut repérer, ce qu'ils valent vraiment, et comment les combiner sans accuser personne à tort.
Avant les détecteurs, il y a la lecture. Un enseignant qui connaît ses élèves, un éditeur qui reçoit des piges, un recruteur qui lit cinquante lettres de motivation par semaine finissent par reconnaître une certaine manière d'écrire. Elle n'a rien de mystérieux : les modèles de langue ont des habitudes, et en français certaines trahissent leur origine anglaise.
Ce guide les passe en revue. Retenez dès maintenant la règle qui vaut pour tout ce qui suit : aucun de ces signes ne prouve quoi que ce soit pris isolément. Des humains écrivent ainsi, et une IA bien guidée peut éviter chacun d'eux. Ce qui compte est leur accumulation, et surtout le contexte.
Les traces de copier-coller, les seuls signes presque sûrs
Certains indices ne relèvent pas du style mais de l'accident. Ils apparaissent quand une réponse de conversation est recopiée sans être relue :
- une phrase d'introduction adressée à l'utilisateur, comme « Bien sûr ! Voici une proposition de texte » ou « Voici une version plus formelle » ;
- une conclusion qui propose une suite : « Souhaitez-vous que je développe une partie ? » ;
- des passages entre crochets restés à compléter, comme « [Nom de l'entreprise] » ou « [insérer un exemple] » ;
- des restes de mise en forme Markdown : doubles astérisques autour des mots en gras, dièses devant les titres ;
- des marqueurs techniques de citation, par exemple
contentReferenceouoaicite, ou des liens se terminant parutm_source=chatgpt.com; - une phrase où le texte parle de lui-même comme d'un modèle de langue.
Ces traces sont rares dans un travail soigné, mais quand elles sont là, elles valent davantage que n'importe quel score.
Les formules qui reviennent
Les modèles puisent dans un répertoire de tournures sûres, jamais fausses, un peu solennelles. En français, on retrouve souvent :
- des ouvertures grandiloquentes : « Dans un monde en constante évolution », « À l'ère du numérique », « Depuis la nuit des temps » ;
- des connecteurs en cascade : « Par ailleurs », « En outre », « De plus », « Ainsi », placés en tête de presque chaque paragraphe ;
- des formules de soulignement : « Il est important de noter que », « Il convient de souligner », « Force est de constater » ;
- un vocabulaire d'emphase stable : enjeu majeur, levier, crucial, essentiel, incontournable, véritable, riche, précieux, fascinant ;
- des métaphores de mouvement héritées de l'anglais : « plonger au cœur de », « naviguer dans », « explorer les méandres de » ;
- la construction en balancier « Ce n'est pas seulement X, c'est aussi Y », ou « Loin d'être X, c'est Y » ;
- une conclusion qui commence par « En somme », « En conclusion » ou « En définitive » et résume ce qui vient d'être dit.
Une ou deux de ces formules ne signifient rien : elles sont enseignées à l'école et répandues dans la rédaction professionnelle. C'est leur densité qui doit alerter, quand chaque paragraphe en contient plusieurs.
Une typographie venue de l'anglais
Les modèles apprennent surtout sur des textes anglais, et leur français en garde des traces visibles au premier coup d'œil :
- des titres avec une majuscule à chaque mot, « Les Avantages Du Télétravail », là où le français n'en met qu'au premier ;
- des guillemets droits "comme ceci" au lieu des guillemets français « comme ceci » ;
- l'absence d'espace avant les deux-points, les points-virgules, les points d'exclamation et d'interrogation ;
- un usage appuyé du tiret long, le tiret cadratin, pour encadrer les incises, alors que le français courant préfère les virgules ou les parenthèses ;
- des titres construits sur le modèle « Sujet : promesse », comme « Le télétravail : un enjeu majeur pour les entreprises ».
Là encore, prudence : beaucoup de gens tapent sur un clavier qui ne produit ni guillemets français ni espaces insécables, et le Web francophone est plein de titres calqués sur l'anglais.
Une structure trop bien rangée
Un texte généré est souvent impeccablement organisé, et c'est justement ce qui le trahit. On y trouve une introduction qui annonce le plan, trois parties de longueur égale, des listes à puces dont chaque élément commence par un intitulé en gras suivi de deux-points, parfois des émojis devant les titres, puis une conclusion qui reprend le plan. Les paragraphes ont tous la même taille, les phrases la même longueur.
Un auteur humain digresse, s'attarde sur ce qui l'intéresse, expédie ce qui l'ennuie. Son texte a des aspérités. Un texte sans aucune aspérité n'est pas forcément artificiel, mais il mérite une seconde lecture.
Ce que le fond révèle
Les signes les plus solides ne sont pas dans la forme mais dans le contenu :
- des sources introuvables. C'est l'indice le plus probant. Les modèles inventent volontiers des références plausibles : un article au titre crédible, un auteur qui existe mais n'a jamais écrit cela, une décision de justice avec un numéro de pourvoi, une citation attribuée à une personnalité. Vérifiez deux ou trois références : une seule qui n'existe pas en dit long ;
- l'absence d'exemples vécus. Le texte parle de tout en général et de rien en particulier. Pas de nom de lieu, pas de date précise, pas d'anecdote, pas de chiffre sourcé ;
- un équilibre de principe. Chaque argument est suivi de son contre-argument, chaque avantage de son inconvénient, et la conclusion se garde bien de trancher ;
- des erreurs affirmées avec aplomb. Un fait erroné énoncé sans la moindre hésitation, une date décalée, un personnage confondu avec un autre ;
- une réponse trop fidèle à la consigne. Le texte reprend les mots exacts du sujet, traite chaque point dans l'ordre où il a été posé, et ne va jamais au-delà.
Ce que ces indices ne valent pas
Tous ces signes décrivent aussi, en partie, des écrits humains. Un rédacteur web formé au référencement écrit des titres calqués sur l'anglais et des listes à puces. Un élève à qui l'on a appris la dissertation en trois parties produit un texte bien rangé. Une personne qui écrit en français langue étrangère utilise des formules apprises. Un texte administratif est plat par nature.
À l'inverse, il suffit de demander à un modèle d'écrire de façon plus naturelle, avec des fautes, des anecdotes et des phrases irrégulières, pour que la plupart de ces tics disparaissent. Les modèles sortis en 2026 en présentent déjà beaucoup moins que leurs prédécesseurs.
Un faisceau d'indices justifie une question, jamais une accusation. La seule façon de savoir comment un texte a été écrit reste de parler avec son auteur.
Une méthode en cinq étapes
- Lire le texte en entier, en notant les passages qui vous arrêtent, sans chercher à conclure.
- Vérifier les faits et les sources. C'est long, mais c'est la vérification la plus solide dont vous disposez.
- Comparer avec d'autres écrits de la même personne, idéalement rédigés dans des conditions connues : un message, un devoir fait en classe, un ancien rapport.
- Passer le texte au détecteur. Sur notre outil, une alerte est un indice sérieux, avec moins de 0,5 % de fausses alertes mesurées. Une absence d'alerte ne vous apprend rien.
- En parler avec l'auteur, en lui demandant d'expliquer un passage, de justifier un choix, de raconter comment il a travaillé. Quelqu'un qui a écrit son texte sait en parler.
